L’art de créer le consensus, au cœur des métiers d’Eau Vive Internationale

© Eau Vive Internationale

A l’occasion des 40 ans d’Eau Vive Internationale, organisation de solidarité internationale oeuvrant pour le développement des services sociaux de base en Afrique, notamment l’accès à l’eau potable, nous vous proposons une série d’articles pour découvrir l’histoire, les missions et les projets appuyés par cette ONG qui fait confiance aux Africains.

L’histoire débute souvent ainsi : 9 h, une assemblée silencieuse et dubitative ; 11h, un consensus s’établit autour de solutions pour l’approvisionnement en eau potable, puis, à 13h, les participants sont d’accord pour contribuer à la mise en œuvre du projet. Mais qu’est-ce qui suscite l’adhésion des gens à un projet ? La mobilisation sociale !

Chez Eau Vive Internationale, la mobilisation sociale est un métier. En quelques heures, ses mobilisateurs ou mobilisatrices sont capables d’entraîner une salle autour d’un objectif commun. Au sortir de ces sessions, chacun se sent responsable du projet et accepte de prendre part à la mise en œuvre et au financement des actions. Le mobilisateur amène les villageois à identifier et reconnaître le problème, puis les pousse à définir des solutions à leur portée, aux niveaux individuel et collectif. C’est lui qui accompagne les communautés pour qu’elles s’organisent, fassent des choix et définissent leurs priorités.

 

Pour créer le consensus, le mobilisateur doit gagner la confiance de ses interlocuteurs. Blagues, confidences, anecdotes… tout y passe pour faire tomber les barrières et faire émerger un contrat moral entre lui et les villageois. Pour vulgariser les enjeux et valoriser la connaissance des acteurs locaux, les outils sont variés. Le/la mobilisateur/trice s’appuie sur des exemples concrets et organise des échanges avec d’autres communautés pour créer un effet de levier. Le rôle essentiel du mobilisateur est de transmettre des messages-clés et de proposer aux participants des solutions claires et accessibles.

Les questions fusent, les désaccords saillent, on s’interpelle. Le mobilisateur fait le liant entre les personnes qui doivent s’entendre pour avancer. Mi-psychologue, mi-leader charismatique, il doit avant tout s’armer de patience pour accompagner, dans la durée, les communautés sur le chemin sinueux du développement.

Pour Eau Vive Internationale, une mobilisation sociale réussie débouche sur la responsabilisation des citoyens. Ils acceptent d’apporter une participation financière et de contribuer à la mise en œuvre et au suivi des infrastructures. La mobilisation sociale devient une force décisive qui encourage les communautés à renforcer leur autonomie.

3 questions à Mame Tacko Diallo, responsable de la mobilisation sociale à Eau Vive internationale – Sénégal

 

Sénégal- Mame Tacko Diallo accompagne les habitants à trouver leurs solutions pour l’accès de tous à l’eau potable. – © Eau Vive Internationale

En quoi la mobilisation sociale est-elle importante dans un projet de développement ?

Le développement suppose un changement social au même titre que l’aide à l’autonomie d’une communauté. La mobilisation est une condition essentielle de la pérennité d’un projet.

Être une femme, est-ce un atout ou une faiblesse dans votre métier ?

Les deux à la fois. Une femme doit savoir s’effacer ou rester à sa place lorsqu’il s’agit des us et coutumes. Mais d’un autre côté, les femmes sont de véritables forces de mobilisation sociale, étant donné leur capacité de négociation pour arriver à un consensus. Et qui d’autre qu’une femme peut mobiliser d’autres femmes ?

Quels sont les obstacles que vous rencontrez dans votre travail ?

Le principal obstacle réside au niveau des intellectuels du village. Ce sont des personnalités qui prétendent avoir tout compris et jouent de leur influence pour entraîner toute la communauté. Il faut être en mesure de les identifier et les responsabiliser pour les canaliser, ou savoir les arrêter quand c’est nécessaire.

 

Avec Eau Vive internationale, près de 3 millions d’Africains disposent maintenant d’eau potable et de meilleures conditions de vie.

Ensemble, en Afrique, en France et ailleurs dans le monde, poursuivons notre engagement pour doubler, voire tripler ce nombre au cours des 20 prochaines années.