L’Afrique dit non à l’esclavage en Libye

Photo: / Marko Djurica/Reuters

L’indignation se poursuit et le message est commun. L’Afrique appelle à la réaction pour le retour de ses fils retenus en Libye. «L’homme est le remède de l’homme» : cette morale qui se lit dans tous les contes de la sagesse africaine ne fait plus aucun sens face à l’actualité en Libye. L’enquête de la chaîne américaine CNN met en lumière les situations d’esclavage auxquelles sont réduits de nombreux migrants qui transitent par la Libye pour gagner l’Italie, porte d’entrée de l’Europe. Des citoyens engagés, des intellectuels, des écrivains et des journalistes ont dénoncé avec la dernière énergie cette situation. Ils appellent à une mobilisation sans précédent et proposent des solutions aux dirigeants politiques pour que pareille action ne puisse durer.

Des Africains sont vendus comme esclave en Libye en 2017. Trois siècles d’esclavage n’ont pas suffi, tout est à recommencer. Dans ce pays d’Afrique du Nord, des journalistes de CNN ont filmé des images troublantes qui montrent l’inhumanité. Des Libyens qui prennent des Africains en otages pour ensuite les vendre comme esclaves. Ce scénario est digne de la fiction, mais il s’agit d’une douloureuse réalité. La réaction de l’Afrique face à cette situation est salutaire et suscite l’espoir.

 

Si l’enquête a été publiée il y a quelques jours, la seule réaction politique officielle est celle de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le Haut-Commissaire des Nations unies (ONU) aux droits humains, Zeid Ra’ad Al-Hussein, a vivement dénoncé, le 14 novembre dernier, la détérioration des conditions de détention des migrants en Libye, qualifiant d’«inhumaine» la coopération de l’Union européenne (UE) avec ce pays. Il a également rapporté les souffrances de ces migrants, disant que cet «esclavage des temps modernes» constituait un «outrage à la conscience de l’humanité».

L’intellectuel sénégalais Felwine Sarr fait dans l’injection et propose une action commune des instances politiques africaines.

«Il est absolument inacceptable que de jeunes Africains soient vendus en Libye sur des marchés d’esclaves en 2017 et qu’aucune réaction de la part des dirigeants des pays d’où viennent ces jeunes ne soit notée. Macky Sall, Ibrahim Boubacar Keita, Issoufou, Kaboré, Condé, Ouattara, etc. doivent faire une déclaration commune, s’indigner au plus haut point, envoyer le message à ces jeunes que leur humanité et leur dignité est primordiale.» – Felwine Sarr

Cette sommation de Felwine Sarr suit celle de Claudy Siar, l’animateur de Couleurs Tropicales sur Radio France Internationale. « Le descendant d’esclave » dit avoir de la haine et se révolte. Sur un ton sec, il enjoint les dirigeants africains à réagir.

«Lorsque des êtres humains sont capables de vendre d’autres êtres humains, c’est qu’ils s’empoisonnent eux-mêmes.» – Claudy Siar

L’échec des politiques africaines est donc à l’origine de cette situation. C’est l’avis de Boubacar Sèye, président de l’ONG Sans Frontières. Il pense que ce qui se passe en Libye n’est rien d’autre qu’un échec des orientations pour les jeunes définies par les États africains.

«Permettez-moi de vous interpeller pour vous dire que nous, peuples africains, qui comptions sur vous pour nous défendre et pour nous protéger,nous sommes surpris et stupéfaits par votre silence devant la situation révoltante, humiliante et inacceptable que vivent vos ressortissants, nos frères,nos sœurs,nos fils et nos filles, vendus comme esclaves en LIBYE» – Alpha Blondy

Le berceau de l’humanité a connu trois siècles de traite négrière et un siècle de colonisation. Dans ce 21e siècle où elle continue d’attirer les convoitises et où elle est considérée comme l’avenir d’une planète qui suffoque, l’Afrique et ses fils doivent lutter pour leur dignité. Comme le rappelle Felwine Sarr : «S’il est une leçon que nous devons retenir de notre histoire récente, c’est que nous ne devons plus permettre à quiconque de nier notre humanité».