Culture du viol : Non, c’est vraiment non.

Choquée et déçue par les propos du professeur Songué Diouf tenus lors de l’émission Jakaarlo, diffusée le 9 mars dernier sur la chaîne de télévision sénégalaise TFM, notre rédactrice Khadidiatou Cissé souhaite rétablir les responsabilités entre bourreaux et victimes de viols.

Au-delà des récents propos du professeur Songué Diouf, qui place au même degré de culpabilité les auteurs et victimes de viols, ces dernières ayant apparemment « tout fait pour qu’on les viole », je souhaite m’adresser à toute personne disposée à se mettre à la place d’autrui. Si ma contribution peut aider ne serait-ce qu’un lecteur ou une lectrice à réévaluer sa conception du consentement et saisir la gravité des propos dont il est question, j’en serai plus que satisfaite, la chaîne de l’espoir ayant été entamée. En outre, comme vous pourrez le remarquer, ce texte portera exclusivement sur les viols perpétrés sur les femmes, vu qu’il s’agit précisément de l’angle sous lequel le sujet a été abordé.

 

Au risque de paraître ridicule en rappelant cette évidence : personne ne veut être violée. PERSONNE. Les femmes violées ne peuvent être distinguées en deux sous-groupes, à savoir, celles qui l’ont cherché et celles sur qui la fatalité est tout simplement tombée. Les diviser, c’est ouvrir nos bras aux unes tout en contribuant à l’autodestruction des autres. Par conséquent, la légitimité d’un viol ne peut être mesurée à l’aune d’une tenue vestimentaire, de formes généreuses ou de regards prétendument aguicheurs. La légitimité d’un viol ne peut être évaluée en fonction d’indicateurs douteux, traduits dans un esprit malsain comme une invite à l’acte sexuel. Parce qu’un viol, par essence, n’est jamais légitime. Ni excusable ni compréhensible. Le principe est pourtant on ne peut plus clair : est considéré comme viol tout acte sexuel sans accord mutuel. Pas d’exception à la règle ! Comment en 2018, en plein mois de mars de surcroit, peut-on revenir sur une notion aussi basique ?

Comble de l’hérésie ? Ces voix masculines parsemant d’inepties le débat autour de cette déclaration scandaleuse. « Respect Professeur ! », « Le Professeur n’a fait que dire la vérité », « On ne va pas en parler 35 ans », « Il ne doit des excuses à personne », voilà ce qui peut se lire et s’entendre présentement sur les réseaux sociaux. Par le poids de leurs mots, et souvent de leur silence, les soutiens de Songué Diouf ne font pas qu’étouffer la parole des victimes de viols ; ils conditionnent toutes les femmes à se voir à travers le prisme étroit d’un objet de tentation.

En clair, on leur dit : « Dès lors que tu es désirable, ta parole n’a pas d’importance ».

Ce sont ces mêmes hommes qui, invoquant des textes sacrés et enseignements de guides religieux, s’affirmeront aptes à diriger un foyer, une société tout entière, parce que leur naissance les y prédestine. Or, ce n’est pas parce que nos sociétés patriarcales africaines les placent aux premiers rangs que cela les dispense de montrer qu’ils en sont méritants. On ne peut pas prendre une partie de ses responsabilités et passer outre celles qui requièrent le plus de travail sur soi.

Soutenir le Pr. Songué Diouf, en tant qu’homme, c’est se réduire à des réflexes bestiaux et un rapport rugbystique au genre féminin.

Ce sont ces mêmes femmes qui prétendront porter à cœur les conditions de vie de leurs sœurs, mères et filles, mais qui, par inconscience peut-être, se retourneront machinalement vers elles, avec une violence inouïe, pour les accuser de leurs propres malheurs, puis les sommer de taire leurs maux à jamais. Qui donc pour être la gardienne de l’autre ?

En tant que femme, valider l’intervention de Songué Diouf, c’est refuser à sa prochaine la dignité qui lui revient et le respect vis-à-vis de ses choix. C’est resserrer des chaînes sans se rendre compte qu’en vérité, nous sommes nous aussi piégées.

Peu importe l’habit, les courbes, l’attitude ou le milieu, quand une femme refuse d’avoir des rapports sexuels et qu’on l’y force malgré tout, il n’y a pas d’équivoque : c’est un viol. Non, c’est vraiment non.

Une pétition a récemment été lancée suite aux propos du Pr. Songué Diouf, pour exiger des excuses publiques. Pour y apposer votre signature ou tout simplement en savoir plus, c’est par ici.