Au Zimbabwe, on fête une deuxième indépendance

© AFP PHOTO / MUJAHID SAFODIEN

Le mardi 21 novembre dernier, le président zimbabwéen Robert Mugabe, âgé de 93 ans, a officiellement annoncé sa démission du poste qu’il occupait depuis plus de 37 ans. Survenu dans une atmosphère particulièrement tendue, son départ est perçu comme une libération pour les citoyens zimbabwéens, qui ont enfin la possibilité de connaître une alternance politique.

«Moi, Robert Gabriel Mugabe […] remet formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat.» Si ces mots semblent irréels, ils ont pourtant bien été écrits par l’ancien dirigeant, dans une lettre remise au président de l’Assemblée nationale, Jacob Mudenda. C’est donc avec surprise que l’auditoire a accueilli la nouvelle, partagé entre l’incrédulité et les applaudissements.

 

Il s’agissait du plus vieux chef d’État du continent africain. Installé au pouvoir depuis 1980, année de l’indépendance du Zimbabwe, Robert Mugabe est un de ces personnages auxquels on est si habitué qu’on en arrive à douter qu’ils puissent un jour plier bagage. L’épilogue était inespéré, si l’on considère l’ambiance électrique qui a caractérisé les derniers jours. En effet, tout a commencé début novembre, lorsque Mugabe a limogé son vice-président Emmerson Mnangagwa, longtemps perçu comme son successeur légitime. Au même moment, la première dame, Grace Mugabe, surnommée « Gucci Grace » et soupçonnée d’avoir fomenté le limogeage, dévoilait ses ambitions politiques et son désir de succéder à son mari. Indignés par la tournure des évènements, au matin du 15 novembre, les militaires ont pris le contrôle de bâtiments administratifs et de la radiotélévision nationale. Déclarant qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’État, ils amorcèrent pourtant la fin du règne Mugabe.

Las de la crise et de l’isolement économique dans lesquels Robert Mugabe a plongé le pays, les militaires se placent ainsi du côté du peuple, pour freiner les «criminels qui se trouvent dans l’entourage du président». Une prise de position inédite et surtout audacieuse, sachant que Mugabe pratiquait la dictature, la répression et la censure, confondant ainsi sa fonction avec ses propres intérêts.

Ancien héros de la libération, Robert Mugabe a pourtant lutté contre la colonisation et s’est toujours affirmé comme un fervent panafricain. Or, la trajectoire qui l’a menée à la présidence et celle qui l’en a déboutée sont diamétralement opposées. Comment expliquer une sortie aussi peu glorieuse? Une Première dame trop ambitieuse peut-être, mais de toute évidence, la succession des évènements s’est combinée à un ras-le-bol national dont la seule issue pacifique était une démission formelle.

«J’ai choisi volontairement de démissionner. […] Cette décision a été motivée par (…) mon désir d’assurer un transfert du pouvoir sans problème, pacifique et non violent.» – Robert Mugabe

Sans surprise, les médias locaux ont déjà annoncé que l’ex-numéro deux, Emmerson Mnangagwa, serait investi président le 24 novembre prochain. En attendant, les Zimbabwéens, habitués à un quotidien sans rêve, célèbrent les prémices d’un meilleur lendemain.