Au Sénégal, la campagne «Nopiwouma!» fait écho à #MeToo

© Compte Twitter du mouvement Nopiwouma

Lancée le 13 novembre sur les réseaux sociaux, la campagne Nopiwouma est un cri du cœur pour dénoncer les violences sexuelles au Sénégal. Alors qu’en Europe et aux États-Unis, la campagne #MeToo bat son plein, à Dakar, les initiatrices de #Nopiwouma entendent aussi fournir une plateforme aux victimes d’agressions sexuelles.

Nopiwouma! En wolof, cette expression veut dire «je ne me tairai pas!». Elle traduit le refus de se soumettre et de fermer les yeux sur un mal évident. En l’occurrence, il s’agit du harcèlement et des violences sexuelles. Citant l’Association des journalistes contre les viols et les abus sexuels au Sénégal (AJVA), les initiatrices de ce mouvement, la blogueuse Ndambaw Kama et l’entrepreneuse Olivia Codou Ndiaye, révèlent qu’au cours des cinq derniers mois, 615 cas de viol ont été recensés dans le pays. Des chiffres alarmants qui ont tout de suite fait naître en elles le besoin d’apporter leur soutien aux victimes.

 

Avec #Nopiwouma, elles entendent replacer l’humain au centre du débat, plutôt que de se rendre complices de la «culture du pardon», qui veut qu’on enterre profondément un vécu traumatisant, par peur d’un scandale. Harcèlement, attouchements, viols, peu importe la nature de l’agression subie, les initiatrices affirment qu’on n’est jamais seul. Sur le compte Twitter de la campagne, elles invitent donc toutes les victimes à partager leur histoire anonymement, à l’aide d’un simple formulaire.

«La liste est infinie. Le sujet est tellement délicat qu’on doit traiter avec beaucoup de délicatesse les personnes qui ont le courage de raconter leur histoire. Imaginez la force que ça prend! Qu’est-ce qui est plus personnel qu’une invasion du corps ?»  – Les initiatrices de la campagne #Nopiwouma.

L’idée est de pouvoir se soulager du poids que représente une si douloureuse expérience et de créer une communauté autour de soi, pour avancer et instaurer un profond changement dans les relations sociales entre hommes et femmes. D’ailleurs, une fois relayés, les témoignages recueillis ont souvent l’effet d’une claque, tant le contenu est pernicieux. De fait, #Nopiwouma veut mettre fin au silence des victimes, écrasées par les sentiments de culpabilité et de souillure, pour encourager une discussion sincère et une totale prise de conscience.

«En ce qui concerne le harcèlement, c’est quand même hallucinant tout ce que l’on découvre sur les conditions quotidiennes de plusieurs femmes qu’on n’imaginait pas.» – Abdoulahi Deme, un internaute réagissant au lancement de #Nopiwouma sur Twitter

Avec la création de cette campagne, les victimes disposent désormais d’un espace où elles peuvent s’exprimer librement et éventuellement se rapprocher de la catharsis.