Ateliers de la Pensée : imaginer un continent africain sans frontières

© Antoine Tempé

Du 1er au 4 novembre, Dakar accueille la deuxième édition des Ateliers de la Pensée. Avec pour thème «Condition planétaire et politique du vivant», cette rencontre consiste à renouveler la pensée critique autour des imaginaires et réalités du continent africain.

Initiés par l’économiste sénégalais Felwine Sarr et l’historien camerounais Achille Mbembe, les Ateliers de la Pensée s’invitent pour la deuxième fois à Dakar, la capitale sénégalaise. Réunissant chercheurs, écrivains, artistes et journalistes, cette rencontre est un condensé hétéroclite de cultures, de savoirs, d’écritures et de vécus.

 

Avec plusieurs sessions autour des notions d’identité, de cosmopolitisme, de migrations, de circulation des savoirs et de démocratie, c’est surtout la réflexion autour du panafricanisme qui galvanise les participants.

L’idée est de penser l’Afrique avec les Africains, afin qu’eux-mêmes choisissent la voie qu’ils veulent emprunter et s’affranchissent des discours projetés sur eux. En d’autres termes, compléter la décolonisation. L’écrivain Felwine Sarr explique d’ailleurs cela dans son ouvrage Afrotopia, paru en mars 2016 :

 

«Il s’agit donc de s’extraire d’une dialectique de l’euphorie ou du désespoir et d’entreprendre un effort de réflexion critique sur soi, sur ses propres réalités et sur sa situation dans le monde : se penser, se représenter, se projeter.» – Felwine Sarr

 

Aussi, les organisateurs expliquent la nécessité d’une telle rencontre par le fait qu’à la fin de ce siècle, 40% des habitants de la planète seront Africains.

 

« Le nouveau siècle s’ouvre sur deux déplacements historiques majeurs. L’Europe ne constitue plus le centre du monde, même si elle en est toujours un acteur relativement décisif. L’Afrique, pour sa part – et le Sud de manière générale – apparaît de plus en plus comme l’un des théâtres privilégiés où risque de se jouer, dans un avenir proche, le devenir de la planète.» – Achille Mbembe, dans un entretien accordé à RFI, en septembre dernier

 

Ainsi, le 2 novembre, au siège du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), s’est tenu un atelier intitulé «Population, Mobilité, Migrations». Prenant part à celui-ci, Achille Mbembé a exprimé son souhait de voir naître un «gouvernement des mobilités», pour éviter que les Africains soient suspendus entre les «refus de faire lien» à l’intérieur et en dehors du continent. Pour lui, ils ne doivent plus être «enfermés du dehors et du dedans».

 

«Nous sommes déjà assez étrangers ailleurs. Nous n’avons pas besoin d’être des étrangers chez nous !» – Achille Mbembe

Une intervention qui a fait écho à celle de Mehdi Alioua, sociologue et universitaire marocain, qui considère que les mobilités interafricaines ne pourront que «renforcer par le bas une conscience africaine». En effet, pour le chercheur marocain, il faut donner du sens à la présence des migrants africains et ne pas les apprécier que sous le spectre de la misère.

« Telle est justement l’une des fonctions que remplissent les idées, à savoir faire reculer les frontières de l’ignorance ; faire des frontières physiques des lieux de rencontre à traverser, sur des chemins dont nul ne peut prédire la destination ». – Achille Mbembé, Dans un entretien accordé au MONDE AFRIQUE, En octobre dernier

 

Invoquant le «décloisonnement de nos univers», le prêtre catholique et burkinabé, Jean-Paul Sagadou, a parlé de son projet, « Les voyages d’intégration africaine ». Fêtant sa 7ème édition cette année, ces voyages consistent à promouvoir l’intégration africaine dans une perspective interculturelle, interreligieuse et surtout éducative.

En somme, l’une des idées les plus partagées des Ateliers de la Pensée consiste à impulser une libre circulation des Africains sur leur propre continent d’abord. Une sorte de «cosmopolitisme tranquille», comme le décrit Mehdi Alioua. Pour les intervenants, cet idéal serait une base solide pour le développement d’une vraie conscience africaine.

 

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