Ateliers de la Pensée 2 : «Le Franc CFA n’est pas souverain!»

Du 1er au 4 novembre derniers, Dakar accueillait la deuxième édition des Ateliers de la Pensée. Avec pour thème «Condition planétaire et politique du vivant», cette rencontre consistait à renouveler la pensée critique autour des imaginaires et réalités du continent africain.

Regroupant plusieurs philosophes, sociologues, journalistes, écrivains et artistes, cette rencontre avait pour ambition d’encourager les Africains à user de leurs propres dispositifs conceptuels.

 

Parmi les ateliers proposés, nous avons assisté à celui portant sur la « Souveraineté, Relationalité et Panafricanisme », qui se déroulait samedi dernier. Y prenaient part, l’écrivain sénégalais Felwine Sarr, l’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, l’historien bénino-martiniquais Amzat Boukari Yabara, la politologue française Françoise Vergés ainsi que le sociologue camerounais Fred Eboko.

S’agissant de Felwine Sarr, l’écrivain considère que le véritable projet civilisationnel du continent africain devrait consister à « produire des relations de qualité ». Selon lui, l’état d’avancement d’une société ne peut être uniquement mesuré par l’évolution des sciences et de la technologie. Pour Felwine Sarr, un pays n’avance vraiment que lorsque ses citoyens sont épanouis, ajoutant que les effets de ce bien-être social se mesurent aussi bien dans l’espace politique que culturel et écologique.

En outre, parmi les sujets abordés lors de cet atelier, figurait le débat sur le FCFA. Ainsi, en quelques mots, l’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla a indiqué pourquoi, selon lui, l’État français joue un « jeu de dupe » lorsqu’il s’agit de cette monnaie.

D’après lui, la France n’a pas respecté ses engagements qui consistent à garantir la convertibilité du FCFA en euro. Expliquant que lorsqu’il y a assez de réserve de change, la garantie est superflue, Ndongo Samba Sylla indique que la seule fois où il n’y a pas eu de réserve de change pour le FCFA, la France a décidé de le dévaluer, en 1994. D’après ses explications, ladite garantie de la convertibilité du FCFA s’applique surtout aux investisseurs, pour les rassurer lors d’un éventuel rapatriement de leurs profits. De fait, si l’on suit cette logique, ce sont donc les pays Africains qui perdent au change.

« Le Franc CFA n’est pas une monnaie souveraine. Elle est utilisée par les Africains, mais elle n’est pas souveraine ». – Ndongo Samba Sylla

Ainsi, Sylla propose une sorte de FREXIT, qui consisterait à sortir la France de la zone FCFA, car d’après lui, la France n’a pas respecté ses engagements qui consistent à garantir la convertibilité du FCFA en euro.

«Une première Démarche serait de dire que la France ne Garantit pas notre monnaie, qu’elle se retire de la zone FCFA, qu’il n’y ait plus cette pseudo-garantie et qu’elle ne siège plus dans les conseils d’administration de nos banques centrales et dans nos comités de politique Monétaire.» – Ndongo Samba Sylla

Rejoignant ainsi les propos de Felwine Sarr, qui considère également que les Africains devraient pouvoir choisir eux-mêmes leur propre politique monétaire, avec tout ce que cela peut impliquer comme marge d’erreur, Ndongo Samba Sylla affirme que la pleine possession de cette responsabilité serait gage de souveraineté et d’indépendance.

Enfin, martelant qu’il n’y a pas sujet plus colonial que le FCFA, Ndongo Samba Sylla a fait remarquer que l’indépendance des pays africains utilisant le FCFA passe nécessairement par le fait qu’ils deviennent indépendants du trésor français. Ce discours s’inscrit ainsi dans l’essence même des Ateliers de la Pensée, qui estiment que le peuple africain peut et doit aspirer à l’autodétermination, mais que celle-ci n’implique pas forcément la récusation de l’autre.

1 COMMENTAIRE

  1. Très bon sujet, Aujourd’hui nous vivons le franc cfa comme hier les noirs vivaient l’esclavage .aujourd’hui nous voyons ce dernier ( l’esclavage)comme une abomination ainsi demain nous verons le franc cfa comme une abomination. Je ne pourrais exprimer ma pensée ici mais force est de reconnaître que les consciences s’éveille et c’est déjà un bon début. Merci à l’équipe HA!