Vidal Kenmoe : du fusil à l’enclume

Vidal Kenmoe

Tireur d’élite dans l’armée britannique, Vidal Kenmoe est devenu cordonnier à Douala, au Cameroun. Le jeune homme de 29 ans fabrique à la main des chaussures 100% camerounaises. Son objectif : rien de moins que de chausser l’Afrique!

Maître-bottier. C’est le qualificatif donné à Vidal Kenmoe. La finition de ses œuvres en dit long sur la compétence de cet artisan, qui fabrique à la main des chaussures Derby et Richelieu ou encore des tapettes pour hommes et femmes.

 

Après plus de dix années passées en Angleterre, Vidal Kenmoe revient sur la terre de ses ancêtres pour se consacrer «en partie» à sa passion. C’est en 2011, lors de son enrôlement dans l’armée britannique, qu’il a développé sa passion pour les souliers. Ingénieur aérospatial de formation, Vidal Kenmoe avait alors profité de la possibilité accordée aux jeunes volontaires issus des pays du Commonwealth, de rentrer dans l’armée de Sa Majesté.

 «Nous avions une obligation d’être toujours bien habillés, bien chaussés, avec des bottes toujours bien cirées. Dans l’armée, j’étais dans l’infanterie, tireur d’élite.» – Vidal KENMOE 

De retour d’une de ses nombreuses missions, il profite des trois mois de repos et de récupération accordés au soldat pour s’initier à la botterie. La permission leur avait été accordée de s’investir dans des activités autres que militaires.

Il est formé par un ancien militaire, devenu artisan-bottier, dans la ville de Derby. Il apprend à utiliser des moules, à couper, à assembler et à coudre. «Je suis passé d’une chaussure à deux, et de deux à quatre, ainsi de suite, et la croissance s’est faite de manière exponentielle jusqu’à ce niveau», affirme-t-il.

« Mes chaussures sont faites à la main avec de belles matières et adaptées à la morphologie de chaque client. Elles sont confortables et durables. Je fabrique des chaussures sur mesure avec des modèles personnalisés.» – Vidal Kenmoe.

Un style indomptable

En référence au surnom de l’équipe nationale camerounaise de football, les chaussures de Vidal Kenmoe sont simplement «indomptables». D’une rare élégance, ses produits reflètent une réelle originalité. La matière et le style sont locaux. Un détail qui apporte une touche autochtone à la chose.

Son imagination s’exprime dans le travail du cuir, du velours, du tissu et même de la fourrure. Il explique que la majeure partie de son investissement va dans l’acquisition de ces matériaux. Le travail de Vidal Kenmoe a donc un aspect très artisanal. Avec son savoir-faire, il se sert des outils traditionnels de la cordonnerie pour satisfaire ses clients.

«Il faudrait que les gens soient éduqués sur les chaussures faites main parce que la plupart de mes clients et même de mon entourage n’arrivent pas à distinguer celles-ci des chaussures industrielles.» – vidal kenmoe

À l’heure de la production à grande échelle, il est légitime de se demander si le métier de cordonnier nourrit son homme. Face à la concurrence, Vidal a fait le choix d’avoir une clientèle à la taille de son offre. Ainsi, de grands noms comme le joueur de football camerounais Samuel Eto’o ou encore des diplomates, des directeurs généraux, sont enregistrés dans son carnet de vente.

Le lancement de sa marque «Shoes by Vidal» donne un coup de pouce pour l’écoulement de ses créations. Après avoir fini ses «chaussures bien faites», il les met en ligne sur son site et sur les réseaux sociaux. Dans sa ligne de mire, le soldat vise la diaspora camerounaise. Et d’ailleurs, c’est elle qui constitue 70 % de sa clientèle.

Le prix d’une paire de chaussures Shoes by Vidal varie entre 50 000 et 200 000 francs CFA. Selon lui, ses prix ne sont pas hors de la portée de la majorité des Camerounais, dans un pays où le salaire minimum garanti est de 36 270 francs CFA par mois.

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Vidal Kenmoe et Samuel Eto’o

Pour préserver toute l’authenticité de son savoir-faire, Vidal Kenmoe n’envisage pas d’ouvrir une boutique de vente. Il ne veut pas perdre «l’écrin traditionnel et le cadre chaleureux d’échange de personne à personne» de son petit atelier.

Homme de principe, Vidal Kenmoe tient également à son treillis. Il veut rester dans l’armée.  «Je suis ingénieur aérospatial de formation et maître-bottier par passion», précise-t-il. En 2015, il passe de l’armée britannique à l’armée camerounaise.

À travers les siècles, les cordonniers ont su démontrer leur talent, non seulement pour protéger les pieds, mais également pour les couvrir de façon élégante. Vidal Kenmoe a compris la leçon. Il caresse le rêve de chausser l’Afrique.

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