Jabir Malick, le nouvel espoir du slam au Sénégal

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© Skillzography

Avec son tout premier projet solo «Poezik», l’artiste-poète Jabir Malick a réussi à se faire une place parmi les grands, au sein de la scène artistique sénégalaise. Nourrissant depuis longtemps le désir de se lancer dans une carrière solo, il propose au public une oeuvre sincère, touchante et déjà acclamée par ses pairs.

Entre Jabir Malick et le hip-hop, c’est une grande histoire d’amour. Elle commence au début des années 90, alors que l’artiste n’a que dix ans. À l’époque, la jeunesse sénégalaise commençait à se familiariser avec la culture hip-hop, en écoutant des rappeurs américains ou français. C’est après avoir reçu en cadeau un album de MC Solaar, un rappeur français d’origine sénégalo-tchadienne, que le jeune Jabir Malick découvre la poésie.

 

Toutefois, il nous confie avoir aussi été fortement influencé par des talents locaux, notamment le groupe mythique Positive Black Soul (PBS), composé de Duggy Tee et de Didier Awadi. Avec Daara J et Pee Froiss, le PBS compte d’ailleurs parmi les pionniers du rap sénégalais.

«En ce temps-là, le hip-hop était quelque chose que tout le monde découvrait en même temps. On en est tous tombés amoureux.» – Jabir Malick

Tee-shirts et pantalons amples, grosses baskets et casquette vissée sur la tête, comme tous ses amis adolescents, Jabir adopte le style vestimentaire hip-hop comme une deuxième peau. Quant à sa passion pour l’écriture, il la concrétise en se rendant régulièrement aux «matinées», des «petites soirées qui avaient lieu avant 23h, pour les adolescents», avant que les adultes ne viennent réoccuper l’espace. Pour la petite histoire, ce fut le regretté DJ Makhtar, disparu le 7 décembre 2007, qui organisa pour la première fois les fameuses «matinées» hip-hop au Sénégal.

«On a passé notre jeunesse à aller voir des concerts. On a vu tous les rappeurs qui se produisent au Sénégal. On allait tout le temps se documenter au marché Colobane. À l’époque, on y trouvait des journaux américains et français qui sortaient chaque mois, comme Radikal ou Vibe, etc.» – Jabir Malick

C’est donc à l’occasion de ces matinées que Jabir Malick, nourri par les rimes des autres, commence à écrire les siennes. Plus tard, en 2009, mû par cet amour pour les jeux de mots, la scène et le micro, il rejoint naturellement le collectif Vendredi Slam, qui n’en était alors qu’à ses débuts. Au sein de cette petite famille d’artistes, il continue de partager avec le public -qui s’est d’ailleurs bien agrandi entre temps — ses convictions, ses expériences et surtout sa vulnérabilité, un texte à la fois.

« Mon atout principal est le microphone, mais si le verbe est herbe, je crois que j’ai d’la bonne. Les maux par les mots, c’est ainsi que guérit le guerrier aguerri » – MC Solaar

© Benjamin Decoin

Même s’il évolue depuis longtemps dans le collectif Vendredi Slam, et qu’il a d’ailleurs participé au tout premier album de celui-ci, intitulé «S comme Slam», Jabir Malick souhaitait depuis longtemps tenter l’aventure d’une carrière solo. De fait, en sortant son tout premier projet, «Poezik 1st semester», un EP (Extended Play) comportant cinq titres, on peut considérer qu’il est allé au bout de ce rêve. Mêlant musique, déclamation de textes et parfois même chant — comme dans la chanson «Original» -, dans cette œuvre hybride, l’artiste se dévoile davantage au public.

Abordant l’amour, les femmes, l’acceptation de l’autre, le processus créatif ou encore quelques questions de société, dans «Poezik», Jabir a décidé de s’exposer. Assumant totalement son côté romantique et sensible, il affirme écrire pour lui-même, tout en souhaitant toucher les autres. N’en déplaise aux puristes qui s’attendaient à ce qu’il sorte un projet exclusivement a capella, sans aucun accompagnement musical, l’artiste indique qu’avec ou sans musique, l’essentiel est qu’il y ait cette essence poétique. Pour lui, l’authenticité d’un texte de slam ne peut être réduite à ce type de jugement.

«Un artiste n’a pas à suivre des règles. Parce que quand tu suis les règles, quand tu suis les codes, tu tues ce côté artistique qui est en toi. Et pour tuer un artiste, il n’y a pas pire que de faire ce que les gens veulent qu’il fasse.» – Jabir Malick

Et sinon, à quand le deuxième semestre ? Jabir ne veut pas trop en dire, mais il annonce que la suite de «Poezik» se fera certainement au début 2018. En attendant, il poursuit le travail lié à la première partie. La semaine dernière, il a ainsi sorti le vidéoclip de la chanson «Sad Mbeuguel», dans laquelle il aborde la douloureuse question de l’amour impossible. La vidéo a récemment dépassé les 50 000 vues. Nous vous invitons à la regarder ici :

En outre, l’artiste, qui est par ailleurs professeur d’anglais dans la vie quotidienne, a été contacté par le British Council au Sénégal pour animer une formation sur le slam, aux côtés d’autres professionnels issus du Nigéria et d’Angleterre.

Pour ce qui est de l’avenir de sa carrière solo, le poète compte avancer avec humilité, rencontrer et échanger avec le plus d’artistes possible. En d’autres termes, comme dans tout ce qu’il a entrepris jusqu’ici, Jabir compte tout simplement «y aller au feeling».