Quand le Cameroun fait son cinéma

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Le cinéma camerounais tout comme celui de plusieurs de ses voisins africains a connu des débuts difficiles. Il a longtemps été négligé au profit des productions occidentales, jugées plus attractives, mais surtout bénéficiant de plus de moyens. Sous la colonisation, la culture cinématographique n’était pas très développée en Afrique. Ce n’est qu’après les indépendances que sont apparues les premières réalisations, dont certaines sont inscrites dans les annales du cinéma.

L’histoire du cinéma camerounais commence donc en 1962 avec « Aventure en France », un film documentaire réalisé par Jean-Paul Ngassa, qui relate la situation des étudiants camerounais dans l’Hexagone. L’année suivante, il servira d’inspiration à Thérése Sita Bella, première femme journaliste du Cameroun, dont le «Tam-tam à Paris », documentaire suivant la tournée de la compagnie de danse nationale du Cameroun, a déchaîné les passions et remporté un franc succès. Par la suite, l’État ayant très vite compris l’importance du cinéma dans ses ambitions de propagande, il fera main basse sur l’industrie en faisant réaliser de nombreux films à sa gloire, jusqu’à ce qu’émerge l’idée de promouvoir un cinéma camerounais aux antipodes de celui produit jusque-là.

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Réalisateurs à l’Institut Goethe à Yaoundé lors d’un festival Ⓒ http://www.camernews.com

En effet, c’est seulement à partir de 1975 que de véritables productions cinématographiques tournées sur le territoire camerounais voient le jour. La plus illustre d’entre elles est très certainement « Muna moto » de Jean-Pierre Dikongué Pipa, film dramatique relatant les amours de Ngando et Ndomé. Il remporte la palme d’or du film africain au Festival de Genève la même année et lors du FESPACO en 1976, il décroche l’Étalon de Yennenga. Daniel Kamwa marche également sur les traces de son compatriote avec « Pousse-Pouse », une comédie qui après avoir battu des records lors de sa sortie en salle, est exportée au Sénégal et en Côte-d’Ivoire où elle suscite le même engouement. Les deux réalisateurs poursuivent leur chemin jalonné de succès avec d’autres productions, qui sont aussi récompensées lors de festivals et qui s’inscrivent encore aujourd’hui dans le patrimoine cinématographique camerounais.

Ces illustres noms du grand écran camerounais ont ouvert la voie à d’autres cinéastes, notamment Bassek Ba Kobhio, fondateur du Festival Écrans noirs, le deuxième plus grand rendez-vous du cinéma d’Afrique noire francophone et réalisateur de « Sango Malo », sorti en 1991 et sélectionné au Festival de Cannes.

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Photo de famille lors du festival “Écrans noirs” en 2016 Ⓒ https://www.auletch.com

Malgré une industrie haletante et souffrant de plusieurs handicaps, le cinéma camerounais a encore de beaux jours devant lui et tente tant bien que mal de se renouveler avec la sortie de nombreux films et séries de calibre international. Le développement des techniques d’information et de communication y est sans doute pour quelque chose avec l’avènement du cinéma numérique ambulant. Il permet la diffusion et la consultation en ligne de films camerounais, via la plateforme www.wouri.tv. Ce site permet à une population souvent rurale, et n’ayant pas accès aux salles de cinéma, presque inexistantes sur le territoire, de voir les réalisations nationales et de maintenir cette industrie prometteuse à flot.

Notre sélection de films à découvrir :

  • Grigri (2015) de Léonce Moudindo, Prix du jury festival pocket films cameroon
  • Ntah’napi (2014) et Ntah”napi 2 (2017) de Ousmane Stephane
  • Conséquences tribales (2014) de Blaise NTEDJU
  • Les saignantes (2005) de Jean-Pierre Bekolo : Étalon d’argent au FESPACO  2007
  • Notre fille (1980) de Daniel Kawma
  • Une affaire de nègre (2009) d’Osvalde Lewat
  • Clando (1996) de Jean-Marie Téno
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