Merveilles du Niger : 13ème édition du Festival de l’Aïr (Partie 1/2)

© Sandra Fernández

Nous voici au cœur d’une oasis plongée dans la vallée de l’Eghazar, aux pieds des « Montagnes bleues » du massif du Tamgak. Les mélodies de l’Imzad et du Tendé[1] raisonnent au milieu d’un paysage féérique d’ocre et de vert, situé aux portes du majestueux désert du Ténéré.

Nous sommes à Iferouane. Chaque année, à la même époque, cette cité légendaire est en effervescence. Le festival de l’Aïr s’y déroule et présente un panorama du patrimoine et des traditions uniques qui façonnent la culture touarègue.

Initié en 2001 comme produit d’appel du tourisme, ce festival est né du désir des populations de transformer les foires artisanales rotatives de l’ancien arrondissement d’Arlit en un plus grand forum d’échanges socioculturels et économiques, aux niveaux national mais également sous-régional et international. Lieu de rencontres et de valorisation du patrimoine matériel et immatériel, cette célébration constitue l’un des plus importants événements touristiques et culturels de la région du Sahel, considéré comme le plus grand festival touareg du monde.

Cette 13ème édition, placée sous le signe de « Facteur de cohésion sociale et de promotion du patrimoine culturel et touristique », aura réuni plus de 1.000 visiteurs, heureux de découvrir ou de redécouvrir les merveilles de l’Aïr. Compétitions culturelles, courses de chameaux, chants et danses traditionnels, projections de films, conférence sur la paix et expositions de l’artisanat local se sont succédés durant trois jours, du 16 au 18 février.

Trois jours d’immersion dans la culture, le patrimoine et l’histoire des communautés touarègues ont laissé les touristes et visiteurs nationaux et des pays voisins (principalement de l’Algérie et du Mali) en émoi.

La musique et la danse comme expression d’une authenticité culturelle

Lors du festival, les plus novices ont pu découvrir plusieurs instruments de musique traditionnelle touarègue.

Le Tendé est joué pour se divertir mais il sert aussi à renforcer la cohésion entre les populations lors des retrouvailles, mariages ou baptêmes. La musique permet également aux chameliers de démontrer leur maîtrise de leur monture à travers des parades autour des femmes qui chantent. Signifiant « objet utilitaire » en Tamasheq, ce mortier est fabriqué par des artisans afin de moudre le grain. Recouvert d’une peau tannée, il se transforme en instrument de percussion et constitue un élément central de la musique ancestrale et fédératrice des peuples nomades.

Les femmes touarègues jouaient également de l’imzad pour accompagner leurs chants. Sorte de violon, il est composé d’une demi-calebasse séchée et évidée qu’on munit d’un archet. Cet instrument emblématique de la culture touarègue est exclusivement joué par les femmes. Alliant musique et poésie, l’instrument accompagne les chants poétiques ou populaires, souvent chantés par les hommes, et glorifiant les aventures et les exploits des héros du passé. La musique permet également de chasser les mauvais esprits et de transmettre les sentiments et les états d’âme de l’interprète. Le savoir musical de l’imzad se transmet oralement selon des méthodes traditionnelles qui favorisent l’observation et l’assimilation. Il est pour les Touaregs « ce que l’âme est au corps ».

Ces instruments et chants étaient tous accompagnés de nombreuses démonstrations de danses traditionnelles des guerriers touaregs où chaque participant, galvanisé par le chant des femmes, pouvait faire preuve de sa technique et de son agilité.

Les courses de chameaux comme démonstration de force et d’habilité

Nombreux étaient également les chameaux, fièrement exhibés lors des parades et des courses. Chacun d’eux arborait des harnachements précieux et anciens, confectionnés localement.

Le chameau est l’animal emblématique de la société touarègue. Selon la tradition, il est l’animal associé à l’aristocratie guerrière et il répond à de nombreuses fonctions. C’est l’animal de selle, le méhari que tout homme adulte souhaite posséder et qu’on préfère avec une robe unie, claire. Chaque jeune homme proclame qu’il possède la monture la plus belle et la plus rapide : il défie tous les autres lors des courses et des concours où chacun veut prouver que son chameau est le mieux dressé et que son propriétaire est le plus habile.

L’artisanat, un savoir-faire local ancestral

L’artisanat a, de tout temps, été une activité florissante à Iferouane. Aujourd’hui encore, il connaît une certaine vitalité dans la région et parvient à se maintenir, malgré la rareté de la clientèle touristique.

Extrêmement varié, cet artisanat offre une diversité de produits de grande qualité aussi bien en vannerie, en maroquinerie, en forge, en tissage, tressage ou couture et broderie. On y retrouve également des sculptures en pierre de talc, les encens et parfums divers.

La bijouterie demeure le produit emblématique de cet artisanat ancestral. Presque toujours en argent, les bijoux sont parfois sertis de pierres semi-précieuses ou incrustés de bois d’ébène ou de cuivre. Ces parures simples ou somptueuses, qui rehaussent la beauté des femmes, expriment tout un univers de traditions et de représentations symboliques du monde touareg. Ils transmettent un message et remplissent de multiples fonctions : dot, grigri protecteur, monnaies ou encore témoins d’une position sociale, d’un rite de passage, cadeaux de mariage, de naissance, gages d’amour… Par leurs dessins géométriques finement gravés, ils racontent le mode de vie séculaire des hommes bleus, habitant les grands espaces désertiques du Sahara. On peut y décrypter, entre autres, les dunes stylisées, le chemin des caravanes, les sources, ou encore les étoiles indicatrices des quatre points cardinaux, repères immuables dans le ciel du désert.

[1] Instruments traditionnels touaregs.

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