La diversité ethnique en terre Mossi

Femmes Burkinabé © https://commons.wikimedia.org

Le Burkina Faso, pays des hommes intègres, pourrait légitimement revendiquer le titre de « pays des hommes intégrés ». Englobant plus d’une soixantaine d’ethnies sur son territoire plutôt réduit par rapport au reste de l’Afrique, il n’en reste pas moins une terre de rencontre et de métissage avec plusieurs communautés étrangères qui aujourd’hui s’y côtoient. Originellement, les ethnies qui auraient peuplé le pays seraient venues des pays voisins et constituent la souche de cette société d’hommes fiers.

On pourrait définir la population burkinabée en deux catégories. D’abord les ethnies sédentaires (Lobi, Mossi, Bobo, Gourounsi, etc.), ensuite, les nomades (Peuls et Touareg). Mais, de nos jours, beaucoup se sont sédentarisés. On distingue :

 

Les Mossis représentent l’ethnie majoritaire du pays. Leurs origines viendraient de l’Égypte ou de l’Éthiopie selon la légende. Ils se sont ensuite installés dans le nord du Ghana, d’où serait parti le groupe des Nakomse du Burkina Faso. Leur puissance réside en leur tradition du culte de la personnalité du Mogho Naba, l’empereur et le chef incontesté de tous les Mossis. Son pouvoir de décision est infini. Il avait, jadis, pouvoir de vie ou de mort sur tous ses sujets. Toutefois, son pouvoir est tempéré par un groupe de ministres, dont le Larlé Laba (chef de la culture), Ouidi Naba (chef de la cavalerie), Gounga Naba (chef de la guerre), Baloum Naba (chef des griots), etc., qui, à Ouagadougou, sont également les chefs de quartier. Le système de succession prévoit que le premier fils est le successeur légitime. Cependant, le Conseil royal peut en décider autrement lorsque le préposé au trône ne présente pas les qualités de chef nécessaires. Le Mogho Naba conserve encore aujourd’hui une grande autorité sur ses sujets.

Les Younyonsés figurent parmi les plus anciens habitants du pays. Ils se disent  » sortis de cette terre par leur ancêtre  » appelé Ziila. Selon la légende, ce dernier aurait eu deux fils. L’aîné avait pour nom Tingandé. Le plus jeune fils suivant toujours son père lors des sacrifices rituels et connaissant ainsi les lieux sacrés, à la mort de leur père Ziila, l’aîné demanda au cadet, de prendre le commandement de la communauté. Le fils cadet prit alors le nom de Bassi, devenant ainsi l’ancêtre commun de tous les Younyonsé. Bassi eut d’abord deux jumeaux : Keel-Tinga et Boud-Yaré. Leurs descendants sont appelés Younyonsé. Avec une deuxième épouse, il eut un troisième enfant du nom de Zoalga. Étant le plus jeune, il gardait les troupeaux de la famille. C’est ainsi qu’il rencontra les génies de la brousse. Il s’initia ensuite aux rites et devint le fondateur de la société secrète des Sirkomsé, créateur des masques soukou (masques noirs).

Les Gans sont originaires du Ghana. Ils seraient venus par vagues migratoires importantes, il y a très longtemps, pour occuper le sud-ouest du pays. La société Gan s’est organisée autour d’un pouvoir centralisé, avec, à sa tête, un roi. Les successions s’alternent successivement entre les deux branches royales, et ce, depuis la mort du premier roi, lorsque chacune de ses deux filles voulait voir son fils accéder au trône. Ainsi, pour éviter les conflits fratricides, il fut décidé d’un commun accord que le monarque serait désigné dans la famille adverse alternativement. Également, pour éviter toute alliance croisée entre les deux familles, le roi ne pourrait épouser qu’une roturière. Tradition encore respectée à ce jour.

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Jeune fille peule du Burkina © http://joel.labonne.free.fr

Les Peuls ou Fulanis sont une ethnie présente dans toute l’Afrique de l’Ouest. Ils seraient issus de populations qui habitaient le Sahara à l’époque néolithique. Réputés nomades et éleveurs de bovins, on les rencontre surtout dans le Nord, dans la région du Sahel où ils forment la principale ethnie de la région. Les Peuls se distinguent par leur costume appelé « bolare », une vaste tunique brune, leur chapeau en paille et leur bâton sur l’épaule.

Les Touaregs partagent leurs territoires avec les Peuls, les Toubous et d’autres ethnies.

Les Lobis quant à eux sont de farouches guerriers. Apparentés aux Gans, ils ne connaissent pas de pouvoir centralisé contrairement à eux. Chez eux, le système de parenté est matrilinéaire. La femme occupe une place essentielle dans leur société. Son rang social est défini par le nombre de canaris ainsi que par le nombre de parures réalisées en cauris. Les Lobis sont encore aujourd’hui fortement attachés à leur culture. Dès leur naissance, les enfants reçoivent 9 prénoms au total qui caractérisent leur âge, jusqu’à la période de puberté au cours de laquelle ils subissent un rite d’initiation appelé « djoro ». Ce rite de passage marque l’accession du jeune adolescent à l’âge adulte et son initiation aux secrets du clan. À l’issue de cette cérémonie, il reçoit son prénom définitif qui le distingue dans le groupe. Les jeunes guerriers Lobis se taillaient les dents en pointe pour effrayer leurs ennemies, ce qui était un signe de grand courage et qui leur a valu une réputation de farouches guerriers. À l’entrée de la case lobi se dresse un petit bâtiment qui abrite les fétiches, appelés « duun » et destinés à protéger la famille. Le féticheur est un personnage important dans la culture lobi. Il possède un pouvoir qui suscite la crainte.

Les Bwabas, qui sont aussi appelés Bobo-Oulé sont présents dans la région de Dédougou. Ils pratiquent un culte animiste singulier dont la manifestation est surtout liée aux masques, comme ceux faits de feuilles. Le do est l’esprit du fils de Dieu et il représente aussi l’ensemble des codes sociaux et religieux qui régissent la société bwaba. Pour entrer en contact avec cet esprit, les Bwabas organisent un rituel où les masques et les costumes, faits de feuilles, occupent une place prépondérante. Les masques sacrés sont fabriqués en secret, dans la brousse, et ne sortent qu’à l’occasion des funérailles, des initiations et pour la grande fête de purification qui a lieu avant l’hivernage.

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Mosquée de Bobo-Dioulasso © https://www.pinterest.fr

Les Bobos sont originaires de Mandé (Mali), et parlent le mandé. Ils seraient arrivés au Burkina entre le Xe et le XIIe siècle, et vivent essentiellement à Bobo-Dioulasso (qui signifie « maison des Bobo et des Dioula ») jusqu’à la frontière du Mali. Ils sont traditionnellement de confession animiste. Chez eux, Wuro est le créateur de la terre et des animaux. Cette ethnie ne possède pas de gouvernement centralisé. Ils sont plutôt organisés en lignages dont les membres les plus âgés forment le Conseil des Anciens, chargé de prendre les décisions. La notion de chef leur est profondément étrangère. Leur rituel est aussi symbolisé par les masques avec lesquels les Bobos entretiennent un lien spirituel intense.

Les Gourouns sont un peuple autochtone, habitants du Burkina depuis le XIIe siècle. Ils seraient originaires du nord du Ghana. Ils regroupent plusieurs ethnies dans la région centre-sud du Burkina : les Kassénas, connus pour leur architecture dans la région de Pô, Tiébélé et Léo, les Lélés ou Lyélés dans la région de Réo, les Nunis dans la région de Léo, de Pouni et Zawara, les Nounoumas dans la région de Tchériba, les Sissala autour de Léo, les Kos dans la région de Siby. Ils sont très attachés à leur culture animiste, l’être suprême se nomme Yi, et se serait retiré du monde après sa création. Yi aurait ensuite envoyé Su, l’esprit divin incarné par les masques et honoré par un autel. Chez ce peuple, les statues représentent les esprits de la brousse, qui ont des pouvoirs magiques très puissants, redoutés par leurs voisins. Ils sont de grands admirateurs de la viande de chien !

Les Gourmantché enfin sont également originaires du Ghana, et s’apparentent aux Mossis. D’après la légende, un chasseur du nom de Tohadjie vint de la région actuelle de Fada et épousa Pagawogbé, fille du roi. Ils eurent un fils qui devint un grand chasseur et qui quitta la région de Fada pour aller au sud. Sa première femme, Souhousagbe, est la fille d’un féticheur du Gourma. Le roi du Gourma lui offrit sa fille en mariage. Il eut d’elle Na-Gbewa, qui fut le 1er roi du Dagomba. Ce dernier régna à Pusga, à la frontière de l’actuel Ghana. Il eut de nombreux enfants qui furent les chefs des principales dynasties, y compris celle des Mossis. Cette ethnie est la plus reconnaissable du Burkina, du fait de ses longues scarifications caractéristiques allant des tempes au menton, mais également grâce à ses danses.