La culture ivoirienne dans tous les sens

Le groupe Magic System © http://www.lintelligentdabidjan.info

La Côte d’Ivoire est une terre de référence en matière de culture. Le génie distillé par ses artistes s’est répandu dans toute l’Afrique et a conquis le monde tant sur le plan musical que sur le plan de la mode et de l’artisanat. Une fierté non dissimulée pour ce peuple qui met un point d’honneur à revendiquer son africanité dans tous les domaines.

Comme lieu de rencontre et d’inspirations de plusieurs peuples migratoires, la Côte d’Ivoire a su tirer profit de son avantage non négligeable, en mettant en avant son potentiel artistique et en le sublimant. Outre l’art populaire qui consiste en de menues activités, non moins intéressantes comme la fabrication de l’attiéké national ou la transformation du karité en beurre ou en savon, l’artisanat traditionnel du pays s’exprime avec authenticité et ferveur. Le travail de l’or chez les Akans est une activité d’orfèvre d’origine séculaire. Parmi les objets les plus symboliques de la culture akan, les poids Baoulés qui servaient à peser la poudre d’or sont encore fondus selon la technique ancestrale de la cire perdue. Le tissage reste l’apanage des Baoulés et des Sénoufos qui s’imposent dans ce domaine.

 

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Le styliste Pathé Ouédraogo et ses mannequins © http://www.btendancewebzine.com

On pourrait donner à la Côte d’Ivoire le titre de « capitale africaine de la mode ». En effet, étant le lieu de naissance de nombreuses tendances, grâce à sa grande concentration de créateur, Abidjan se révèle une véritable « fashion city ». Tenant la dragée haute aux sapeurs congolais, les faroteurs ivoiriens avec leur style urbain dandy, assume parfaitement l’originalité et l’excentricité de leurs tenues qu’ils se plaisent à revendiquer comme un art de vivre. Du côté plus traditionnel de la mode, Pathé’O, se révèle une valeur sure avec son travail du pagne qui a été réhabilité grâce à une inspiration tradimoderne et à la précieuse intervention de Nelson Mandela, qui a arboré ses tenues pendant de longues années. Gilles Touré est également un fervent défenseur du pagne africain à l’instar de Loza Maléombho et de ses magnifiques tenues alliant tissus traditionnels et coupes modernes. Coura Diop, créatrice de la marque Di Courtney, n’est pas en reste, de même que le très talentueux Zac Koné avec sa marque afro-urbaine Pelebe.

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Akissi Delta, en plein tournage de la série « Ma Famille » © https://www.diasporas-news.com

Le cinéma ivoirien, quant à lui, est surtout issu du petit écran avec des figures comme Gohou Michel, Akissi Delta, Michel Bohiri ou encore Decautey qui se sont révélés à travers la série humoristique dramatique « Ma famille » et qui, encore aujourd’hui, écument les scènes françaises pour véhiculer l’image du rire ivoirien auquel il est bien difficile de résister.

La plume ivoirienne compte de nombreux noms qui ont su s’imposer comme référence de la littérature africaine. On peut notamment citer l’illustre Amadou Hampâté Ba, figure de proue de la littérature du XXe siècle, Bernard Dadié, écrivain, journaliste et homme politique à qui l’on doit le premier véritable roman ivoirien, Aké Loba ou Zégoua Gbessi Nokan. Ahmadou Kourouma, quant à lui, s’est d’abord fait connaître en tant qu’athlète de haut niveau, champion et recordman du 100 m longueur en Indochine, et champion universitaire de saut en hauteur. Il fut également multiple champion de Côte d’Ivoire et participa aux jeux d’Abidjan et de Dakar, avant de régaler l’Afrique tout entière avec ses œuvres. Isaë Biton Koulibaly surnommé  » IBK  » a créé sa propre maison d’édition « Koralivre » et a signé à ce jour plus d’une vingtaine d’ouvrages.

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Aya de Yopougon au cinéma © https://thisisafrica.me

Mais le grand succès du 21e siècle est sans conteste la BD « Aya de Yopougon », fruit de la collaboration entre Marguerite Abouet, une scénariste ivoirienne, et Clément Oubrerie, un illustrateur français. En 2005, ce chef-d’œuvre a reçu le prix du meilleur premier album au Festival de la BD d’Angoulême. Il dépeint le quotidien de 3 jeunes filles de Yopougon, partagé entre la vie tonitruante de leur ville, leurs intrigues personnelles et leurs difficultés, le tout empreint d’un réalisme et d’un humour inégalés. L’album a été à ce jour vendu à plus de 250 000 exemplaires qui ont été traduits en 15 langues : un succès fracassant !

Mais il serait impossible d’évoquer la Côte d’Ivoire sans s’arrêter sur la case « musique ». Le zouglou qui a endiablé les soirées des années 90, le zoblazo, créé par le bassamois Meiway, le zouglou des célèbres Magic System, le coupé-décalé dont le succès actuel est encore plus criant avec des leaders comme : DJ Arafat, DJ Debordo, DJ Lewis, Abou Nidal, Sneha Yakuza… Ce phénomène, qui tire ses origines d’années de crise, pendant lesquelles son créateur feu Stéphane Doukouré, alias « Douk Saga », président autoproclamé de la jet-set ivoirienne, à Paris, a réfléchi à un concept qui éloignerait ses compatriotes des tourments de la guerre. Caractérisé par des « atalakus », des éloges chantés à la façon des griots traditionnels, le mouvement aurait des origines suspectes, étant le fait de DJ précaires qui s’attiraient les faveurs des nantis leur faisant croire à la création d’ONG, afin de détourner des cartes de crédit. De ce fait, après avoir  » coupé  » (volé), ils s’empressaient de  » décaler  » (quitter le pays).

Le reggae ivoirien quant à lui a acquis ses lettres de noblesse surtout grâce à Alpha Blondy et Ismaël Isaac, et plus tard Tiken Jah Fakoly, dont les tubes ont propulsé le pays au rang de 3e nation du reggae, après la Jamaïque et l’Angleterre.

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Statue votive funéraire © https://www.bruno-mignot.com

La sculpture ivoirienne peut se résumer aux deux figures majeures que sont les masques et les statuettes, instruments de spiritualité par définition. Tandis que les Akans préfèrent la statuette, chez les Baoulés on retrouve plutôt les masques-autels sacrés servant de talismans contre les forces maléfiques, nuisibles à la communauté.

Chez les Sénoufos du nord, l’usage des masques est intimement lié aux rites funéraires. Ils ne sont exposés qu’à l’occasion de cérémonies bien précises et sont conservés dans l’enceinte du bois sacré, interdit aux femmes et aux non-initiés : il s’agit de masques représentants des totems animaliers, qui associent les attributs de différents animaux symboliques, incarnant les esprits de la forêt, et qui protègent le village.