Ahmed Ben Bella : un héros révolutionnaire

Ahmed Ben Bella © http://www.nytimes.com

 Ahmed Ben Bella fut le premier président de l’Algérie indépendante de 1962 à 1965, et l’un des principaux instruments du déclenchement de la guerre d’indépendance contre la France. Sa détermination ainsi que son engagement politique lui valurent 24 ans d’emprisonnement. Cette figure de la lutte révolutionnaire algérienne aura combattu toute sa vie pour la reconnaissance d’une Algérie libérée et d’un tiers-monde émergent. Retour sur le parcours d’un homme combatif.

Ahmed Ben Bella est né le 25 décembre1916, à Maghnia en Oranie, au nord-ouest de l’Algérie, de parents paysans pauvres, originaires du Sud marocain. Après des études secondaires à Tlemcen, Ahmed se rend en France pour y faire son service militaire. Il adhère en 1937 au Parti du peuple algérien (PPA) créé par le nationaliste algérien Messali Hadj. Footballeur émérite, il rejoindra l’Olympique de Marseille lors de la saison 1939-1940, mais aussi l’équipe de France militaire comme milieu de terrain.

 

En 1944, il est cité quatre fois à la bataille de Monte Cassino en Italie, où il faisait partie d’une unité d’élite, le 5e régiment de tirailleurs marocains (RTM). Il est ensuite décoré de la Médaille militaire par le général de Gaulle, en avril 1944.

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Les présidents égyptien et algérien, Nasser et Ben Bella, en 1963 © http://www.lemonde.fr

Ahmed est bouleversé à son retour en Algérie, en 1945, par la violence de la répression française des manifestations de Sétif et Guelma. Il rejoint alors le Parti du peuple algérien (PPA), rebaptisé Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), avant de devenir conseiller municipal et membre de son Organisation spéciale (OS). Il participe également au braquage de la poste d’Oran, afin de remplir les caisses de son parti. Arrêté puis jugé coupable en 1950, il est condamné à 7 ans de prison. Il s’évade de la prison de Blida en 1952 et rejoint un groupe de dirigeants nationalistes algériens, installés au Caire. Là-bas, il se lie d’amitié avec le président Gamal Abdel Nasser, patron des « officiers libres », qui deviendra son mentor politique et apportera un soutien indéfectible à sa demande au soulèvement algérien. En novembre 1954, il est l’un des 22 chefs historiques initiateurs du Front de Libération Nationale (FLN) contre la France coloniale. Arrêté une seconde fois, en 1956, à bord d’un avion qui le conduisait en Tunisie et détourné par les Français, il est libéré en 1962.

Ayant participé aux accords d’Evian où il se heurte au à Mohamed Boudiaf et Krim Belkacem pour avoir critiqué la légitimité du pouvoir provisoire, il s’allie avec le chef d’Etat-major de l’Armée de libération nationale (ALN), le colonel Houari Boumediene. Puis, il se fait élire Président du Conseil, avant de devenir en 1963, le premier président de la République algérienne indépendante.

Charismatique et très populaire, il souhaite implanter un « socialisme autogestionnaire », en collaborant avec le Cubain Fidel Castro, l’Egyptien Gamal Abdel Nasser, l’Indien Nehru et le Chinois Mao Tsé-Toung pour une lutte « anti-impérialiste » et un « non-alignement » du tiers-monde émergent.

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Ahmed Ben Bella et Houari Boumedienne au stade municipal d’Alger, le 10 septembre 1962 © http://www.rfi.fr

Il réussit à réduire les attaques kabyles et à maintenir une opposition politique moins agressive. Mais il est renversé en le 19 juin 1965 par Houari Boumédiène, puis emprisonné – une surprise à laquelle il ne s’attendait pas et qu’il qualifiera de trahison. Pendant son assignation à résidence, il épouse Zohra Sellami, avec laquelle il adoptera trois enfants. En 1981, il est gracié et libéré par le successeur de Boumédiène, Chadli Bendjedid et il décide de s’exiler pour un temps en Suisse puis en France. Il fondera ensuite le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) sans parvenir à mobiliser. Rentré à Alger en septembre 1990, il se retire de la vie politique nationale, se consacre à des dossiers internationaux (Palestine, Irak) et rejoint les « altermondialistes » dans leur lutte contre « la mondialisation capitaliste ».

Revenu en Algérie après l’élection en 1999 de Bouteflika, il soutient sa politique de réconciliation nationale avec les islamistes et endosse, en 2007, sa dernière fonction officielle: Président des Sages de l’Union africaine, chargés de la prévention et de la résolution des conflits. Il décédera le 11 avril 2012 des suites d’une longue maladie.

Son décès fut l’occasion de réunir de nombreux témoignages et hommages sur son parcours combatif et obstiné, ainsi que sur son idéal d’un tiers-monde émergent et libre. Il laisse derrière lui une Algérie mitigé qui aura peu profité de sa verve et surtout, ne lui aura pas laissé le temps de mettre en œuvre des années de rêve idéaliste pour son pays.